par-delà la raison.
“Disons que tu ne peux pas comprendre. Disons que pour toi, ça n’aura jamais de sens. Et qu’on ne pourra jamais être d’accord sur ce que “sens“ veut dire, d’ailleurs. Ici, nous n’avons pas peur de ne pas être … raisonnables, disons raisonnables.
[…] La Raison ne nous inspire pas confiance. Notre groupe d’empathie violente ne s’inscrit pas dans son héritage.“
Frapper l’épopée, Alice Zeniter
La musique sédimente des imaginaires. Elles les libèrent autant qu’elles ne les enserrent.
Certaines musiques appartiennent au passé, quand d’autres sont timeless.
Certaines musiques enjambent l’orchestration mécanique et physique du temps. Elles l’emmerdent, le temps, elles s’en jouent, elles le dépasse pour préférer l’espace.
Elles se nichent dans un château dans le ciel, elles dessinent des géographiques métaphysiques, elles intensifient les devenirs amoureux.
Paradis perdus ou retrouvés, imaginaires surréalistes, artifices miraculeux.
La littérature, le cinéma, la musique, la poésie ont tant parlé d’amour qu’il semble, aujourd’hui, inconséquent d’ajouter une pierre à l’édifice de ces amours imaginaires, sublimés, fantasmés, figurés, puissants, mélancoliques, insaisissables, indépassables.
L’amour bégaie, instabilité ontologique d’un sentiment trop puissant pour nos pauvres âmes faibles et insatisfaites.
L’amour trouvera son chemin, nous disait Pharoah S. par le truchement de sa voix saxophoniste. On lui court après jusqu’à l’essoufflement.
Nous sommes essoufflés, parce que nous, simples âmes humaines, ne pouvons emmerder le temps.
Le temps, il passe pour nous et telle la sédimentation des imaginaires musicaux, nos amours se sédimentent.
Géologie précieuse de ces rencontres, de ces corps, de ces lèvres, de ces courbes, de ces esprits, de ces voix qui nous ont fait chavirer.
La puissance amoureuse grandit autant qu’elle engloutit et, un jour, il faut s’avouer à destination.
Le chemin déjà tortueux et non géo-localisé fait place au désert, où seul le voyageur peut s’aventurer. Il s’y aventure seul, sachant que ce dernier n’a pas de fin. Enfin si, sa complétude est notre finitude.
L’existence réelle bien que passée de nos amours nous abreuve dans ce paysage désolé. Tandis que nous nous dépouillons de nous-mêmes, il reste ces Autres.
Ces rencontres, ces corps, ces lèvres, ces courbes, ces esprits, ces voix.
L’épopée n’est pas finie, mais elle prend une nouvelle tournure.
Le dernier acte pointe et il nous faut alors nous concentrer pour gravir, cette fois, la montagne qui se dresse.
Cette montagne faite de nos peurs, de nos angoisses, de nos blessures, de nos trahisons et de notre honte. Elle se dresse, dans un souffle, l’avant-dernier.
… viennent ensuite les matins délicieux d’autres contrées, nés des mystères du premier matin. Il [le voyageur] songe à ce qui peut donner au jour entre le 10ème et le 12ème coup de l’horloge, un visage si pur, si pénétré de lumière, de sereine clarté qui le transfigure. [f.n]
Il nous reste, alors, à écouter.
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