Love is everywhere

portrait de bell hooks © D.R.
Love Is Everywhere
Si vous suivez ce blog depuis plusieurs années, vous savez qu’une de mes préoccupations, c’est à dire une problématique latente dans mon travail intellectuel et artistique, s’inscrit autour et à travers la notion de désir.
Pour les retardataires et les trous de mémoire, vous trouverez facilement les articles qui traitent plus ou moins directement de ce sujet. Pour (re)commencer, il me faut préciser comment je saisis, philosophiquement, ce concept, et je m’appuie pour ce faire, principalement, sur les travaux de Deleuze-Guattari.
Le désir constitue une puissance immanente humaine, trop humaine. C’est une force motrice pour imaginer, être en relation, créer, produire, construire et déconstruire. C’est une force à géométrie variable, suivant le temps et l’espace. C’est une force débordante, pouvant nourrir fantasmes, délires et illusions. Mais c’est précisément par son caractère incontrôlable qu’elle constitue le substrat insaisissable de l’âme et de l’expérience humaine.
Par ailleurs, le désir n’est pas un mais multiplicité. Si je fais un pas de côté et me réfère à Derrida, je dirais dans un sens connexe, que le désir n’est pas un mais Autre. Le désir est rhizome, agencement et s’inscrit dans le rapport sensible à l’altérité. On ne désire pas une chose, une personne ou une situation. Nous désirons un agencement de choses, de personnes et de situations. Ainsi le désir est-il une matière complexe, fragile et changeante. Le désir n’est pas. Le désir devient. Le désir est à venir.
Une fois ces précisions faites, il me reste à continuer le développement de ce texte pour tendre vers sa ligne de fuite : que faire du désir dans une perspective critique, déconstructiviste et post-capitaliste? C’est ambitieux, trop ambitieux. Mais un guérillero ne dispose que de peu d’armes. L’ambition en est une.
Encore une fois, je me dit également, que je devrais ici-même, dans ce blog intitulé « Des mots sur la musique », m’en tenir à cette ligne éditoriale. Écrire sur la musique et les problématiques culturelles et critiques qu’elle véhicule et/ou produit. Tenir mon rang et ma position. Ne pas me disperser. M’en tenir à la modeste autorité à laquelle je peux prétendre. Celle d’être écouteur, musicien, dj et chercheur indépendant critique.
Mais voilà, il me faut déroger à cette ligne. Si j’avais la prétention suffisante pour l’affirmer, je dirais que l’époque m’y oblige. Mais écrire une telle sentence n’est pas satisfaisant. L’époque n’existe pas. Elle est une illusion de présent. Tout comme le peuple, la société, le vivre ensemble et l’ensemble de subterfuges auxquels nous devons avoir recours pour garantir une intelligibilité minimale de notre condition, ici et maintenant.
Renverser la masculinité (patriarcale)
“Sans l’ombre d’un doute, l’un des premiers actes révolutionnaire du féminisme visionnaire doit être de restaurer la masculinité en tant que catégorie biologique et éthique sans lien avec le modèle du dominateur. […] Ce que nous devons appeler l’être masculin, l’être-homme, la masculinité, c’est la bonté essentielle au coeur d’une personne, d’un corps humain qui possède un pénis.“
bell hooks in La Volonté de Changer
“On pourrait, de rage, être tenté de proposer une période de transition, une dictature féministe, mais ça ne fait pas rêver. L’espoir, donc, s’il ne doit en rester qu’un, c’est qu’en deux générations nos fils ne seront plus des violeurs en puissance, que personne n’ira plus jamais à la chasse et qu’on oubliera jusqu’au mot de tronçonneuse, de drone, de matraque télescopique, de bombe. On puisera un plaisir infini dans le culte de la Terre-mère survivante et le Clitoris, ou, plus inclusivement, dans le culte de la Puissance Pelvienne, le Périnée, ce grand plateau qui soutient toutes les extases, tous les soulèvements.“
Elsa Dorlin in Sexualités (Mondes postcapitalistes, J. Baschet et L. Jeanpierre)
En tant qu’homme blanc de 45 ans cis-genre, je ne peux que constater l’impossible révolution que nous, hommes blancs cis-genre, devrions accompagner, célébrer, faciliter. Les théories féministes ne sont pas nouvelles, elles s’ancrent dans une histoire longue et trouvent, depuis l’avènement de #metoo, une nouvelle vigueur, intellectuelle, politique, culturelle. Les féministes bossent depuis si longtemps, elles sont trop radicales pour beaucoup, hommes et femmes, elles exagèrent, elles se trompent de combat. Pourtant, la culture du viol structure encore et toujours le monde. Non pas la société, mais bien le monde, sa cosmologie. La culture du viol est une clé de voute passée et présente. Peut-on lui accorder encore un futur?
Il faut la volonté de changer, dixit bell hooks. La volonté de changer, radicalement, sans compromis et faux semblant. Il faut changer, changer encore, changer toujours. Changer vers quoi?
Elsa Dorlin nous livre quelques pistes dans un article autour des sexualités, qui a paru dans un recueil de textes simplement intitulé Mondes Postapitalistes. Je souhaite m’arrêter une seconde (ou deux) sur cette somme de textes rassemblés par J. Baschet et L. Jeanpierre et commenter l’introduction de cet ouvrage.

Après l’anti-capitalisme, le renouvellement des théories socialistes, la critique du communisme, la redécouverte de la notion de communs, l’écologie politique plus ou moins radicale, et j’en passe, nous voilà donc au stade, dans le débat des sciences sociales critiques françaises, de la pensée du postcapitalisme. Il est flagrant de constater en premier lieu que cet avancement supposé, ou, plutôt, cette reformulation théorique trouve sa traduction littéraire, sémantique et méthodologique à travers un outillage, une grammaire et une langue semblable à tous les autres courants cités ci-avant. Les chercheur•e•s français, surtout les chercheurs d’ailleurs, je pense en l’occurrence aux deux directeurs de cet ouvrage, n’ont que faire de la forme. Ils semblent écrire pour leurs pairs, pour les colloques qu’ils réaliseront, où seront discutés, dans un obscur amphithéâtre d’une plus ou moins prestigieuse université, les contenus de leurs travaux. C’est sérieux, ce sont des sciences sociales, c’est la tradition française depuis Bourdieu : il faut rester dans le cadre normé de la grammaire et de l’écriture « scientifique » pour être pris au sérieux. Pour être sérieux. Pour être pris au sérieux par ses congénères. De cette tradition des sciences sociales accouche une introduction où des pages sont noircies pour légitimer le recours à la notion de postcapitalisme. Les mots ne sont que nuances et justifications pour participer semble t-il d’un débat : peut-on envisager le terme de postcapitalisme.
Deux questions alors :
Ne faudrait t-il pas créer une grammaire, un style, une forme, une langue pour discuter et imaginer le postcapitalisme?
N’est-il pas vain de devoir justifier l’usage d’une notion quand le baromètre du monde indique à quel point il est urgent d’imaginer notre monde d’après?
La critique est facile me direz-vous. Ces chercheurs ne sont ni des écrivains, ni des cinéastes de genre, ni des musiciens. Ils se bornent à penser et écrire dans les limites légitimés de leur discipline et les méthodes qui leur sont attachées.
Leur verbe et leur langue manquent, pourtant, de l’intensité et de la fulgurance nécessaires pour s’inscrire dans un discours sur le postcapitalisme, bien que leur développement et leur arguments soient justes et solides.
Au sortir de cette introduction, et à la vue de la densité de la table des matières, il m’a fallu choisir les textes que je souhaitais parcourir. Elsa Dorlin, brilliante philosophe française qui traite des sexualités? J’ai fondu sur ce texte. Son texte, à l’inverse de l’introduction dont j’ai fait la critique ci-avant, propose un déplacement. Le lire, c’est sentir l’esprit de combat, de révolte, de colère de son autrice. Elsa Dorlin, brilliante philosophe, dont la langue est généralement sophistiquée, dont les travaux sur le genre et la race sont, à mon sens, des références dans la littérature philosophique contemporaine, invite, ici, à un déplacement et une intensification. Elle sort la sulfateuse pour dire, sans ambage et sans se lester de trop de nuances, ce que pourrait être les sexualités dans le postcapitalisme. Qu’est ce que pourrait être les sexualités pour précipiter un monde postcapitaliste.
Pourquoi s’attacher aux sexualités et au sexuel dans une pensée philosophique du monde d’après? On doit évidemment se rappeler l’apport manifeste de Foucault et de ses travaux sur la biopolitique, la sexualité et les corps. On doit évidemment se souvenir du basculement opéré par Derrida avec la déconstruction des questions de genre. On a également en tête leurs légataires, telle Judith Butler, nuançant les principes de la déconstruction, conduisant certaines et certains à s’arc-bouter sur le dangereux concept d’identité. Faire territoire de soi et de son groupe. Par conséquent, s’opposer et nier l’Autre. A ce sujet, je vous conseille la lecture de l’article « Le néolibéralisme queer : de l’inclusion à la pureté militante » de Céline Mimault, publié par AOC.
“il a toujours été plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme patriarcal, c’est-à-dire d’imaginer ne pas finir dans le lit de son oppresseur en guise d’happy end. Viser la fin du capitalisme pourrait alors signifier non seulement ne plus enfanter, mais aussi ne plus faire de sexe du tout, refuser hic et nunc, adopter une forme de scepticisme sexuel en attendant de mieux s’orienter, de mieux s’armer.“
“Il faut regarder l’avenir derrière nous. À bien y réfléchir, la grève du sexe, la grève des ventres, la grève de l’hétérosexualité sont les fils continus, cousus au revers des mouvements et des grandes grèves féministes du xxe siècle : ce qui a fait le plus mal au capitalisme et ce qui, en retour, a suscité les réactions, les réaménagements les plus profonds de ce système et les plus menaçants pour nos vies et nos intimités. Se libérer de, refuser, lutter contre l’assignation à l’hétérosexualité (re)productive constitue le véritable sabot dans la machine de la reproduction de la force de travail, condition matérielle d’une « classe des femmes » “
“Tentons alors une réponse : dans le postcapitalisme, il n’y a pas, plus, de sexualité. Il y aura autre chose, dont on ne peut rien savoir, ou pas grand-chose, car « la sexualité » est le dispositif de pouvoir le plus efficace et rentable au fondement de la Modernité, celui qui a permis, notamment, une permanente adaptation contre-révolutionnaire et contre-insurrectionnelle aux crises qui lui sont constitutives. Autrement dit, la sexualité est l’expression la plus charnelle et la plus individuelle, la plus incarnée et située, du capitalisme. Elle n’est ni « violence » en soi, ni « épanouissement » mystifié, elle est travail productif discipliné et disciplinaire dont nous sommes aussi le produit. Faisons un dernier effort donc : dans le « postcapitalisme », il n’y aura plus de sexualité.“
“En imaginant ces quelques lignes, on mesure qu’il s’agit d’une révolution cosmogonique ; a minima, que les hommes cis ne sont pas indispensables pour se la figurer. Quoi qu’il en soit, à n’en pas douter, il faudra concrètement faire un bon ménage après trois mille ans de guerre et d’« amour » ininterrompus, après le chaos nécrolibéral.“
No sex is the key.
Les hommes cis-genre aux oubliettes de l’histoire.
L’hétérosexualité confinée aux marges.
Des corps et des sexes qui vomissent les désirs capitalistes entassées/imbriqués en leur sein par des siècles de domination sans partage du capital, dont le sexe est masculin, l’orientation sexuelle, l’hétérosexualité, et la couleur, blanche.
De l’amour au désir
Je me garderais de “critiquer“ le texte de Dorlin. En tant qu’homme blanc cis-genre, allié des luttes féministes, ma position ne me le permet pas. Je ne le critiquerai pas et considère plutôt chaque mot, chaque phrase et chaque virgule. Non pas que je le lis comme un croyant lit un texte sacré ou un adorateur lit les mots du sujet/objet de son adoration. Je ne me permets pas la critique. Voilà tout. Néanmoins, je m’interroge sur le hors-champ de ce texte. Sur ce qu’il ne dit pas, ne prononce pas, ne verbalise pas, n’acte pas. Le texte ne dit rien du désir. Peut-être est-ce voulu, laissant lectrices et lecteurs libres de se figurer ce que pourrait être le désir dans son monde régi par l’ascèse sexuelle. Peut-être. Ou peut-être pas.
Cette semaine, un ami et complice musical m’a envoyé les notes d’accompagnement d’une compilation célébrant les 10 ans d’une soirée new-yorkaise : Love Injection. Sur la page bandcamp consacrée à cette magnifique compilation (écoutez là, c’est certainement une des compilations de ces dix dernières années!), ces notes d’accompagnement ne sont pas disponibles. Seule une synthèse, à vocation commerciale, apparaît :
Universal Love: 10 Years of Love Injection is a triple LP collection of genre crossing, open- eared, open-minded tracks which celebrate not only the ten year existence of Love Injection as a ‘zine, record label and radio show but also the New York parties that acted as the inspiration and raison d’être for Love Injection’s birth and evolution.
Indeed it was at Mancuso’s iconic parties at The Loft where Love Injection founders and compilers of this collection, Barbie Bertisch and Paul Raffaele, first came up with Love Injection as the name for their project, literally whilst they were dancing to the NYC classic by Trussel. Furthermore it was the eclectic ethos of The Loft that inspired their own Universal Love parties. It was these events that funded the monthly, printed ‘Zine and it is this ‘Zine which included interviews and features with and on diverse musical contributors as musclecars, Patti Kane, Jaimie Branch, Isiah Collier, Kamasi Washington and major contributors to the NYC club scenes from the wider arts.
This diversity and inclusion that reflects the city of New York is also reflected in the 14 tracks collated for Universal Love: 10 Years of Love Injection, including hidden producers Joe Claussell, John Morales and Maurice Fulton. It is clear from its psychedelic blues opening track , its electro interpretation of a Bossa Nova classic, fusions of Soul and Rumba, a Japanese techno reimagining of a Chicago House classic and a track order that could only have been realised by people who understand how a DJ set is built that this compilation is a must have for DJs, dancers and free thinking music lovers alike.
Universal Love: 10 Years of Love Injection is more than a celebration of an anniversary; it is an encapsulation of how a vibrant scene is created and built through the curation and selection of the myriad musical options, selectors, music makers and club goers who all contribute. This really is an amazing compilation.
Le tryptique – Loft, amour, hifi – est devenue la marque pour vendre l’imaginaire (ou l’illusion, soeur jumelle de l’imaginaire) de la dance music pour une audience métropolitaine, bourgeoise et “é clairée“. Se référer à David Mancuso, comme j’ai pu et pourrai encore le faire, c’est aujourd’hui tirer un sésame, une carte maitresse afin de jouir d’un capital symbolique valorisant et narcissique.
Et si nous laissions tranquille David Mancuso et son Loft?
Et si nous faisions preuve d’humilité, constatant que le monde new-yorkais et global dans lequel David Mancuso a institué les soirées Loft n’a que peu à voir avec le monde new-yorkais, parisien, londonien, berlinois, auvergnat et global dans lesquels s’instruisent maladroitement nos soirées Loft babies?
Pourquoi les organisateurs et djs de ces soirées ne nous renseignent pas davantage sur les composantes, femmes et hommes, de leur social club supposé?
Ici, tout comme Elsa Dorlin en “joue“ dans son texte, il est utile de penser en marxistes poststructuraliste. Pour qui sont érigées ces soirées? Pour les franges urbaines marginalisées, racialisées, ségrégés, violentées? Ou pour les groupes sociaux qui vont bien et pour qui l’inclusion, le safe place, la culture queer, les sound system hifi sont devenus les nouveaux attributs de leur habitus culturel bourgeois?
Ici encore, le désir n’est pas évoqué. On a de cesse de convoquer l’AMOUR.
“Je n’ai rien à dire de l’amour. Rien. A moins que vous me posiez une question. Je ne peux pas traiter la question de l’amour. Je ne suis pas capable d’improviser des généralités sur l’amour, comme ça“
Jacques Derrida in Derrida
Et si nous laissions l’amour tranquille?
Et si nous arrêtions de brandir cet étendard béatement?
Et si nous cherchions davantage à nous coltiner une question autrement plus complexe, connexe à l’amour, celle du désir?
Celle du désir dans le monde d’après.
Celle du désir après la catastrophe.
Celle du désir après le patriarcat, la guerre, le génocide, l’écocide et le réalisme capitaliste.
Il me semble qu’il faut absolument imaginer, projeter, révolutionner, critiquer, tenter, abattre et faire renaître ce que peut bien vouloir dire aujourd’hui et demain, dans l’à venir, et non dans le futur, quelles traductions pratiques, relationnelles, politiques, culturelles pourraient prendre le DÉSIR. Le désir est oublié parce qu’il a été capté par la psychanalyse et, aujourd’hui, la psychologie positive. Le désir est le grand absent, l’omission de nos temps “modernes“.
Ne parlons plus d’amour.
Projetons le DÉSIR.
Love Is Everywhere
Puisqu’il s’agirait de renverser la masculinité patriarcale, par extension, il convient d’abattre le couple hétérosexuel. Ne croyez pas que j’appelle à sortir des fusils et à l’éradication des relations amoureuses et sexuelles entre femmes et hommes. “Abattre“ est à considérer dans son sens figuré et à appliquer aux structures qui régissent les normes du couple hétérosexuel institué.
Quiconque à fait l’expérience de l’amour s’est posé, sans nul doute, la question que Lacan soulevait à propos de ce concept, l’amour : le qui et le quoi.
Quel est l’objet de mon amour?
L’objet de mon amour est-il la personne aimée, un sujet donc, un être humain dans sa complétude?
L’objet de mon amour est-il plus vraisemblablement les qualités, valeurs, imaginaires, capital symbolique que cette même personne renferme.
Le qui
ou le quoi.
Quiconque a aimé sait, plus ou moins consciemment, que cette question, du qui et du quoi, est irrésolue, tant il est difficile, déjà, de distinguer un sujet des qualités qui le fonde.
Dans le cas de l’amour filial, la question se résout. On parle d’amour inconditionnel. On aime une personne, intrinsèquement, qu’elle que soit ces qualités, ses attributs moraux, éthiques, quelles que soient “les choses“ la définissant.
Alors, plutôt que de se confronter aux murs d’un problème sans solution, il est temps de se déplacer. De ce pas, de ce déplacement, je cherche un disque de Pharoah Sanders. Dans ma collection de disques, il me suffit de chercher dans mes disques de jazz, non pas à la lettre S, mais directement dans la sous-catégorie Pharoah Sanders.
Je choisis son Live In Paris, enregistré en 1975 dans le studio 104 de la Maison de la Radio.
Je vise la dernière piste.
B3 – Love Is Everywhere.
Love Is Everywhere.
Everywhere Is Love.